En ces temps de guerre permanente au monde arabe menée par l’Occident, favorisant les crispations sur des identités nationale ou religieuse réelles ou imaginées en tous points (cardinaux) de ce monde. En ces temps où l’athéisme ne fait plus recette, mais où il faudrait le cacher et ne plus se permettre de critiquer bonimenteurs et marchands de sommeil de toute obédience (monothéiste principalement) sous peine d’être quelquechos-ophobe, voici ci-dessous un poème admirable de Abu-l Ala El-Maari, poète des Xe et XIe siècles de l’actuelle Syrie dont certains ouvrages ont été interdits à maintes reprises. Pour une autre traduction de l’arabe (traduite ci-dessous par Adonis), lire Amin Maalouf, les Croisades vues par les Arabes. Il s’agit de réaffirmer que l’athéisme est une porte de sortie et d’émancipation, de tolérance de toutes les croyances bien que ferme sur le fond, ceci sans nier qu’il puisse y avoir tolérance, voire message d’émancipation sociale et intellectuelle dans la religion. Ce principe qui semble avoir été celui d’Abu-l Alaa al-Maari, qui est le nôtre des siècles plus tard, a été formulé en ces termes par le philosophe allemand Ludwig Feuerbach au XIXe siècle : “le grand tournant de l’histoire sera le moment où l’homme prendra conscience que le seul Dieu de l’homme est l’homme lui-même“.
Mais laissons la plume à Abu-l Ala al-Maari :
La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.
La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.
Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois …
À toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?
Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.
Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.
Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elle est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?
Abu-l-Ala al-Maari (973-1057)
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